Manger Bambi

Manger Bambi

Caroline De Mulder

Gallimard

  • par (Libraire)
    14 février 2021

    Très noir

    Pas la peine d’hésiter et de se faire un dessin, dès le début du roman, on devine qui est Bambi, une jolie jeune fille, une "miniature" d’à peine seize ans, une "ravissante" qui, au collège, s’appelle Hilda. Sa mère est accro à l’alcool et aux beaux-pères. L’un d’entre eux, Nounours, semble décidé à s’installer avec elle et peut-être à profiter de Bambi. Son père les a abandonné, laissant à la maison un Sig Sauer dont Bambi estime qu’elle est l’héritière.

    Bambi a conscience de l’injustice sociale, de ce que "presque tous, ils mentent sur les revenus et le budget qu’ils sont prêts à filer à leur baby". Elle a décidé de prendre ce qui devrait lui revenir en détroussant des hommes plutôt âgés, plutôt riches. Avec Leïla et Louna, elle forme une bande déjantée, dangereuse, violente, malfaisante, parfois cruelle, sans foi ni loi, qui se croit invincible. La psy qui la suit estime "qu'elle a des tendances paranoïaques (…) elle voit le mal où il n'est pas. Son rapport à la réalité est distordu, elle a une altération du jugement". Les hommes qu’elle chasse sur Internet pendant des séances de sugar dating auraient plutôt intérêt à se tenir à carreau.
    À un moment, le vent tourne. Après être effaré par le comportement délirant de ces gamines fêlées, on découvre peu à peu qui se cache sous les traits outrageusement maquillés de Bambi, une Hilda mal à l’aise dans son monde, qui grandit sans autre modèle que ce qu’elle voit dans la vitrine des réseaux sociaux, qui ne connaît que sa banlieue, qui a été abandonnée, qui ne supporte pas sa pauvreté et son avenir bouché, qui aime sa mère bien plus qu’il n’y paraît et qu’elle va chercher à protéger sans penser à sa sécurité.
    Un des mérites de ce roman est d’être écrit dans la langue et avec l’argot* des banlieues. Au début, ça peut être surprenant. L’autre est de montrer que la violence n’est pas que chez les garçons, les filles aussi la portent en elles, que les victimes peuvent devenir bourreaux et redevenir victimes
    Bien sûr, Bambi n’est pas un personnage exemplaire, mais quand elle perd de sa superbe, vous verrez qu’on s’y attache. Et là, il deviendra délicat de savoir si elle est victime ou coupable.
    Un roman noir, brillant, extravagant et provocateur.

    * Pour ceux qui ignoreraient ce qu’est un crew, le sens de chiller, de balnave, marave et bicrave, il existe un dictionnaire aux éditions Zone, en version papier et accessible en ligne, "Tout l’argot des banlieues".


  • par (Libraire)
    21 janvier 2021

    Sors tes couverts !

    Bambi c'est une adolescente de 16 ans qui a une dent contre les gros porcs, les pervers prêts à tout pour manger de la chair fraîche. Mais Bambi aime jouer. Et elle se venge pour toutes les femmes qui se font piéger par ces salauds sur les sites de rencontre. L'auteur décrit admirablement la misère sociale qui mène à la violence et comment celle-ci se justifie. Un style acerbe et réaliste qui rend d'autant plus concrète l'histoire qui nous est racontée.

    Romain


  • par (Libraire)
    8 janvier 2021

    Roman noir et rose fuchsia

    Bambi n'a pas 16 ans. C'est une écorchée vive, hargneuse, délurée, meneuse, insaisissable. A la tête de son groupe de copines, elle plume les vieux pervers, pour l'argent, pour rigoler, pour régler ses comptes avec une vie qui ne l'a pas épargnée.
    En 200 pages, l'autrice décrit la trajectoire fulgurante de cette gamine qui cherche à se faire plus vieille, mais qui cache au fond d'elle un terrible besoin de tendresse. Quand elle crie "maman" en pleurant, c'est tout le livre qui se déchire et un personnage beau et complexe qui se révèle.
    Le challenge du roman, c'est aussi de retranscrire au mieux l'argot et le vocabulaire de cette jeunesse en rupture. Caroline de Mulder pétrit une langue riche, mutante, furieusement orale. Il faut un temps d'adaptation pour comprendre ces filles quand elles se mettent à parler. Et puis, page après page, on traîne avec elles, on fait partie de la bande, et l'émotion s'installe.
    Roman noir, roman rose fuchsia, roman rouge sang, une petite bombe pour démarrer l'année.