• 23 janvier 2012

    Voilà trois histoires dans un seul roman.

    L'histoire de Lev Davidovitch Trotski, d'abord, depuis son départ forcé d'URSS jusqu'à sa mort. Nous suivons le banni pas à pas et devinons sa peur d'un attentat contre sa vie. Car, même loin de Staline, il a très bien compris son ennemi et ses tactiques politiques.

    Nous lisons, en alternance, la préparation de son futur assassin, depuis le moment où il a accepté sa mission. Jamais il ne doute du plan mis en place, toujours il obéit aux ordres et à sa mère avec qui il a une relation d'amour-haine.

    Enfin, l'écrivain, cubain, nous raconte sa vie dans cette dernière île communiste et ses désillusions d'homme et d'auteur.

    Près de 30 ans après la chute du mur de Berlin, nous lecteur, percevons les mensonges de l'Histoire, la folie de Staline et la future faillite du régime communiste.

    Ce roman remet toute cette Histoire en perspective : l'idéologie communiste a bouleversé la vie de millions de personnes et pas seulement en Union soviétique.

    Tous ont été manipulé par la propagande soviétique à un niveau ou a un autre, et des millions y ont laissé leur vie. Même l'assassin de Trotski, qui avait obéit à un ordre du Petit Père des Peuples, se verra emprisonné puis empoisonné à l'uranium à petites doses.

    Pourtant, en refermant cette somme "romancée", je ne ressens pss de compassion pour les acteurs de ce drame comme le souhaiterai l'auteur. Plutôt un sentiment de beau gâchis.

    L'image que je retiendrai :

    Celle des barzoïs courant sur la plage.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2012/01/11/22472162.html


  • 16 avril 2011

    De l’écrivain cubain, Léonardo Padura, on connait surtout le personnage de Mario Conde, le privé de la Havane. Un autre héros de polar récurrent et très attachant…

    Dans L’homme qui aimait les chiens, l’écrivain change de registre. Il suit l’itinéraire de deux hommes qui ont marqué l’histoire. Le premier, Léon Trotski est, au moment où débute le récit, un homme poursuivi par la haine de Staline, qui a fait de lui un exilé, un paria. De la Turquie jusqu’au Mexique en passant par la Norvège, Trotski et les siens sentent, peu à peu, l’étau se resserrer, d’intimidations en menaces. Accusé des pires maux par une machine de propagande à la botte du dictateur, sans soutien ni moyen de se défendre, le fondateur de la IVème internationale sent la fin approcher…

    Cette fin prendra le visage de Ramon Mercader, le deuxième homme. Jeune Espagnol poussé par sa mère à se montrer de plus en plus déterminé et héroïque, ce-dernier est bientôt embrigadé par les communistes. Il part en URSS, devient le « Soldat 13″ et reçoit un entraînement intensif pour devenir une véritable machine à tuer. Il prend ensuite le nom d’emprunt de Jacques Mornard et c’est sous cette identité qu’il sera chargé d’assassiner Léon Trotski.

    Un troisième homme permet de faire le lien entre ces deux trajectoires : Ivan, un ex-écrivain cubain désabusé, dégoûté par les mensonges de la propagande communiste qu’on l’a obligé à ingurgiter pendant des années et qui rencontre sur une plage un homme qui promène ses chiens, deux barzoïs superbes. Peu à peu, Ivan et l’inconnu se lient et Ivan devient alors le confident d’une stupéfiante histoire…

    A travers ces trois portraits, Léonardo Padura revient sur une des plus grandes idéologies du XXème siècle, idéologie dévoyée au profit d’un petit nombre et qui a fracassé des milliers de vies sur les écueils du mensonge et du crime à l’échelle d’un continent.

    "L’Union soviétique léguerait aux temps futurs son échec et la peur de plusieurs générations en quête d’un rêve d’égalité qui, dans la vie réelle, était devenu le cauchemar de la majorité."

    L’homme qui aimait les chiens est un livre dense, extrêmement documenté, un pavé de 650 pages qui vous cale le ventre comme un bortch roboratif. C’est aussi une manière de mettre l’histoire – la petite et la Grande – en perspective, de dénoncer la réalité politique et sociale encore à l’œuvre à Cuba et d’amener chacun à réfléchir, incidemment, sur des choix de société à faire pour l’avenir. Un livre ambitieux et une charge féroce contre toutes les dictatures…


  • par
    14 mars 2011

    Voilà donc ce gros roman (671 pages, en comptant les remerciements, importants) ! Celui qui m'a empêché de lire et donc de chroniquer d'autres livres pendant une bonne semaine (j'avais un peu d'avance et donc vous n'avez pas été privé des mes billets. Ouf !) Le lecteur qui, comme moi, se dit que sur une telle quantité de pages, il peut en passer quelques unes voire plusieurs, pour avancer plus vite se trompe. Ce roman est tellement dense, que chaque mot compte et que même si l'on a envie d'aller vite, Leonardo Padura, par je ne sais quel prodige, nous oblige à le lire mot à mot.

    Construit en chapitres parallèles, qui parfois s'entrecroisent cependant -un comble pour des parallèles !), Leonardo Padura raconte la vie de Léon Trotski, depuis le début de son exil jusqu'à sa mort, celle de Ramon Mercader, son assassin, et celle d'Ivan.

    Le plongeon dans la vie de Lev Davidovitch (Trotski) est historique. Formidablement documenté, Padura narre en détails ce qu'a été l'exil de Trotski, d'abord en Turquie, puis en France, puis en Norvège pour finir au Mexique, recueilli par Frida Kahlo et son mari Diego Rivera. Trotski, sans jamais douter du bien-fondé de sa pensée, de son opposition à Staline, malgré le sort qui lui est réservé, se retrouve souvent en situations délicates. Il souffre, il se pose des questions dues à son isolement, sur sa vie, sur ce qu'il fait endurer aux siens. Parallèllement, Padura raconte aussi l'embrigadement, le lavage de cerveau qu'a subi Ramon Mercader, jeune Espagnol communiste pour devenir le futur assassin de Trotski. Très romancé, puisque très peu de choses sont connues sur ce Mercader, l'écrivain nous livre une version très crédible des assurances et des doutes du jeune homme. Sa transformation est quasi totale, rapide et impressionnante. Il ne vit que pour LA tâche qu'on lui promet : assassiner le renégat.

    Et puis, Leonardo Padura invente Ivan, le vétérinaire raté, l'écrivain cubain frustré qui rencontre Jaime Lopez (ou Ramon Mercader ?) sur une plage de Cuba dans les années 70. Ce personnage fictif est là pour nous montrer ce qu'était Cuba dans ces années-là : avant 1989 et la chute du mur de Berlin, très peu de nouvelles passaient à La Havane et sûrement pas celles concernant une éventuelle opposition à l'URSS ; les Cubains ne savaient rien non plus des crimes de Staline avant cette date. Alors, Trotski, vous pensez bien qu'ils ne savaient pas qui il était. On s'étonne tout au long du livre de l'aveuglement total des dirigeants soviétiques et de tous les autres dirigeants sur les crimes perpétrés par Staline. Comment les hommes ont-ils pu fermer les yeux sur tant de meurtres, de folie, sur une telle terreur ? Comment certains ont-ils pu rester fidèles au communisme russe même après avoir connu ces horreurs ?

    J'aurais tellement à dire et à citer de ce roman que je crains d'être trop long. Encore un excellent bon point pour vous donner envie : bien que l'on sache la fin, puisqu'elle est historique, Leonardo Padura trouve le moyen de créer un suspense terrible dans les 100 pages qui précèdent l'assassinat de Lev Davidovitch par Ramon Mercader. Comme dans un roman policier (que Padura écrit aussi d'ailleurs ; lisez son très bon Les brumes du passé), on lit ces pages en tremblant (comme Mercader dans les dernières minutes craignant de subir "le souffle de Trotski"), avide d'arriver au geste fatal. Quel talent !