L'honorable société

DOA, Dominique Manotti

Gallimard

  • 28 février 2011

    Ce livre, dont la sortie est prévue début mars, sera sans doute un véritable évènement et fera couler pas mal d’encre. D’abord parce que ses auteurs – DOA et Dominique Manotti – sont deux grandes pointures du polar. Ensuite parce que ce roman – vrai bon polar à la française – prend ses racines dans un réel encore très frais et montre sans ménagement l’envers du décor…


    L’action se situe entre deux tours d’une élection présidentielle. Les enjeux sont élévés. La tension, palpable. Dans un immeuble parisien, Benoit Soubise revient chez lui plus tôt que prévu. Il surprend un homme cagoulé en train de copier son disque dur. Il cherche à le neutraliser mais l’inconnu est accompagné. La confrontation tourne mal, Soubise est tué. Et les deux cambrioleurs partent avec son ordinateur sous le bras.

    L’enquête est confié au commandant Patrus Pâris, ancien de la brigade financière qu’on a muté à la Criminelle pour qu’il arrête de faire des vagues. Très vite, il apparait qu’un groupe de trois écologistes extrêmistes est lié à l’affaire mais Pâris ne les croit pas coupables. Avec son équipe, il fouille et il creuse et suit une piste qui le mène dans des cercles très proches du pouvoir. Voilà qui risque d’en froisser plus d’un à l’heure où l’élection suprême doit se tenir…

    Dans le même temps, Neal Jones-Saber, père de la jeune femme supposée faire partie du groupe d’écologistes, se lance sur les traces de sa fille. Ancien journaliste, il retrouve très vite ses vieux réflexes…

    L’honorable société, à travers une histoire dense et haletante, montre comment quelques uns utilisent la force de l’appareil d’Etat pour servir leurs intérêts. Il découvre aussi la concupiscence de ces dirigeants de groupes privés, prêts à parier sur un poulain politique pour récupérer, ce-dernier ayant enfin accédé à la plus haute fonction, les retours sur investissements : des privatisations juteuses et extrêmement favorables, faisant ainsi passer le bien public dans l’escarcelle de quelques privilégiés.

    Les personnages sont bien campés et très crédibles. L’un des candidats, Pierre Guérin, grossier, colérique et dévoré d’ambition ne manquera pas de vous rappeler quelqu’un… J’ai apprécié ce roman de politique-fiction de bout en bout. Il n’y a pas un mot de trop, pas de digressions inutiles. Récit nerveux, captivant, accablant, c’est aussi le fruit d’un immense travail de documentation, qui démonte un à un les rouages de notre honorable société où les Justes n’ont plus droit de cité… A lire d’urgence!

    Extrait :

    "Ils avancent dans le couloir et s’arrêtent sur le seuil de la scène de crime, à côté d’un autre homme en civil. Le médecin. Salutations, politesses lasses d’usage entre familiers. A l’intérieur, encore des techniciens, du matériel, des cavaliers jaunes. Un corps. Litanie de précisions sur le décès. L’heure semble compatible avec les premières déclarations de la femme, entre vingt et une heures et deux heures du matin. Il y a eu lutte. La victime a le poignet droit et le nez cassés, une des arcades entaillée et le côté gauche du crâne enfoncé. C’est vraisemblablement ce trauma-là qui a été fatal. Choc probable avec un rebord de table. Le bureau est désigné."