Conseils de lecture

Le Prince charmant, c'est vous !
18,00
par (Libraire)
25 avril 2018

La femme parfaite est épuisée

Isabelle Saporta, qui nous avait habitués aux enquêtes de fonds avec des titres comme Vinobusiness et Foutez-nous la paix ! revient cette fois non pas avec un documentaire mais avec un premier roman, Le Prince charmant, c'est vous !
Elle nous raconte l'histoire d'une femme à bout, Shiva, dont le prénom évocateur emprunté au dieu hindou, est paradoxalement symbole de la masculinité. Sous son image de mère et d'épouse parfaite, elle est éreintée par une société patriarcale qui lui en demande toujours plus. Derrière la verve dont elle nous régale dès les premières pages, Isabelle Saporta, qui ne peut renier ses première amours, nous propose presque un reportage sur la condition de la femme.
Des rebondissements tellement tirés par les cheveux qu'ils ne peuvent pas être inventés à des thèmes plus importants et actuels comme la charge mentale, voire les violences obstétricales, Isabelle Saporta n'épargne personne, ni son héroïne, ni les hommes qui l'entourent, de son psy à son mari chômeur professionnel en passant par son meilleur ami gay (ou pas !). Une vraie leçon de féminisme - tardif, c'est vrai.
Un seul regret : c'est presque trop bien écrit, et certains dialogues manquent de naturel du coup.

[titre emprunté à un billet publié sur le blog Poulet Rotique : https://pouletrotique.com/2016/12/29/la-femme-parfaite-est-epuisee/]


Cinq branches de coton noir
24,95
par (Libraire)
12 février 2018

cinq branches de coton noir

Mai 1944, trois jeunes soldats américains rêvent de sauver l'Europe et de défendre les valeurs américaines... mais la noirceur de leur peau leur interdit le champs de bataille ! jusqu'au jour où la sœur de l'un d'entre eux découvre l'existence d'un mystérieux drapeau américain, la fameuse bannière étoilée, qui daterait de la Guerre de Sécession et qu'un dignitaire SS se serait arrogée. Nos trois protagonistes vont alors intégrer la fameuse brigade des Monument's men, ces gars qui tentaient de récupérer les œuvres d'art spoliées par les Nazis ; mais leur parachutage se fait en même temps que le Débarquement et leur progression s'avère difficile...

Grâce à un scénario habile et intelligent, les deux auteurs nous montrent la très lente progression des droits des gens de couleurs aux États-Unis depuis la guerre de Sécession jusqu'à nos jours. Cette bande dessinée est certes un récit de guerre mais une guerre bien plus longue que la seconde guerre mondiale. Le dessin fin et pudique de Cuzor ne verse jamais dans le pathos tout en n'omettant rien de la rudesse de cette lutte et de l'horreur des champs de bataille. Une épaisse bande dessinée de près de 170 pages ambitieuse et réussie !


Que la guerre est jolie
19,50
par (Libraire)
12 février 2018

Que la guerre est jolie

Larmon, petit ville ouvrière sur le déclin à quelques heures de Paris. Autour de la vieille usine désaffectée, le quartier ouvrier, croulant mais encore habité par quelques acharnés, comme Élise, qui attend son premier enfant, ou Odette, ou les artistes squattant la vieille usine... Le maire a décidé de raser ce quartier ouvrier pour y installer des logements hauts de gamme, attirer des cadres parisiens, embourgeoiser sa ville... en expulsant au passage la faune locale, qui y ferait vilainement tache. Et tous les moyens sont bons pour disperser les protestataires... quitte à mettre la ville à feu et à sang. “Ah Dieu ! Que la guerre est jolie.” disait ironiquement Apollinaire. Et c'est bien la guerre que va déclencher monsieur le maire ! La guerre, c'est le fil rouge de ce roman coup de poing. L'écriture est rapide, vivante, vibrante. Loin de se perdre en palabres, l'auteur déploie toute une galerie de personnages hauts en couleurs, attachants, imparfaits, bourrés d'insécurités, de rêves, d'espoirs, ou au contraire cruellement cyniques. Surtout, Christian Roux dépeint un chaos politique et idéologique terriblement familier, et actuel.

On commence une page, on passe à la suivante sans réfléchir parce que l'on veut savoir, finalement, qui sera encore debout sur le champs de bataille, et quis seront les victimes collatérales. Qui va s'en sortir? Qui a raison, qui a quelles raisons, et pour faire quelles horreurs? Les évènements s'enchaînent sans une seconde de répit, jusqu'à ce que les fils des marionnettes s'emmêlent, et que tout s'effondre dans un final à donner le vertige. Définitivement un des romans les plus percutants de l'année.


Libération

Gallimard Jeunesse

14,90
par (Libraire)
6 février 2018

Pardonnez-nous nos offenses

Adam Thorn est un adolescent pas comme les autres... Harcelé sexuellement par un boss lubrique, rejeté implicitement par sa famille ultra chrétienne et conservatrice, définitivement homosexuel, il essaye tant bien que mal d'être amoureux de Linus, le gentil garçon qu'il fréquente, mais l'est peut-être encore d'un garçon qui l'est moins, Enzo. Heureusement, dans cette quête du soi qui n'en finit pas, il est est épaulé par sa meilleure amie, Angela Darlington, qui lui annonce, fatalement, qu'elle va passer la prochaine année scolaire loin de lui, en Europe.
Tandis que son monde s'écroule, l'esprit de Katie, une jeune fille assassinée par son petit-ami tout aussi addict à la meth qu'elle, menace de détruite l'ordre établi de manière bien plus significative, en cherchant à venger sa mort. Le roman prend ici une teinte fantastique qui ne dépassera les frontières de la réalité qu'à la toute fin du récit.
Nos deux protagonistes ne sont pas si différents l'un de l'autre malgré les apparences. Ce qui rapproche Adam et Katie ? La recherche de réponses dans un milieu dans lequel ils ne se sont jamais sentis à leur place, et leur volonté semblable, plus que ça, unique, de s'en défaire, quitte à tout casser (enfin !) sur leur passage. La révolte est inexorable, la chute plus que probable ; quant au pardon, est-il encore possible ?

Libération fait plus que jamais partie de ces romans nécessaires, qui mettent des mots d'une justesse absolue sur les blessures les plus universelles et les plus douloureuses : l'amour, l'amitié et la famille.
Patrick Ness sait de quelle manière toucher profondément son lecteur, et nous livre une oeuvre bouleversante et sublime dont il est impossible de ressortir indemne. Il est cru mais jamais vulgaire, dur mais jamais cruel. C'est le roman d'une journée, celle qui va tout changer, et de deux adolescents brisés, qui vont tout faire pour que tout change, et pour sa sauver, à défaut de sauver le monde.


Stabat Murder
16,95
par (Libraire)
13 janvier 2018

Mélodie pour un meurtre

Quatre prodiges du piano disparaissent en même temps, un mois avant le concours le plus important de leur vie. Ont-ils fugué ? Ont-ils été enlevés ? Qui leur en veut ?

Un roman qui tient en haleine ! Alliant au départ les scènes avant et pendant la captivité, on commence sans s'en rendre compte l'enquête, qui va mener jusqu'à la révélation finale, impensable. L'auteur ne laisse pour compte aucun protagoniste, même secondaire, et c'est très bien mené ! Les personnages sont criants de justesse, jamais caricaturaux : on a l'impression de les connaître, et on est d'autant plus impatient de savoir ce qui leur est vraiment arrivé.