Conseils de lecture

Parabole du failli
6,90
par (Libraire)
20 avril 2016

La fureur de vivre

Ceci est la lettre d'un vivant à un mort, le récit de leur amitié, avec un troisième larron. Le narrateur n'est pas un personnage exigeant : il laisse entrer l'Estropié dans sa vie, sans poser de question, dit qu'il l'a accueilli "à bras ouverts", vit une relation indifférente avec une femme, et ne semble pas déçu de réaliser qu'il n'écrira jamais son grand oeuvre. Il laisse entrer le destinataire de la lettre de la même manière dans sa vie : le fruit du hasard qui l'a fait le croiser dans la rue. Mais cet ami désormais mort, Pedro, ce poète aussi maudit qu'on puisse l'être, est justement trop exigeant.
Il prend et prend encore, ne laisse jamais la parole aux autres. Son histoire ne laisse pas de place à celle de ses amis, son mal de vivre ne laisse de place à rien d'autre. Il prend ce que l'Estropié a de plus précieux et le donne à des femmes qui n'en n'ont rien à faire. Et surtout, il prend les textes des autres, récite les vers des autres poètes, qu'il s'approprie, comme il s'approprie le rôle du facteur ou du cireur de chaussures. Il accapare aussi dans la mort, obnubilant ceux qu'il a laissés sur terre, et auxquels il a laissé son souvenir.
Mais peu à peu, on se rend compte qu'il donne aussi à sa façon. Il donne le sourire à la vendeuse de cigarettes, il donne la consolation et redonne la voix à une celle qui vit son premier chagrin d'amour, il donne sa dernière larme à Madame Armand, il donne aux enfants des textes dont ils déclameront les fragments pour mieux détrousser les passants, et enfin, il donne ce qu'il n'avait jamais donné auparavant : des textes originaux, la Parabole du failli, à la dédicace aussi inachevée que son existence, dédiée à une femme, peut-être dédiée à la femme.
Le roman est empreint de lyrisme, de poésie. Il le serait même si l'on avait pas le plaisir de retrouver des extraits de poésie qui ponctuent agréablement le récit. Cette lettera amorosa amicale n'est pas le récit des reproches des vivants à un mort, quoiqu'ils lui en veuillent, mais bien un hommage à la vie, même dans ses excès, dans ses déceptions, ou dans ses malheurs.


Un peu plus loin ensemble
13,50
par (Libraire)
20 avril 2016

Des ours et des hommes

Un peu plus loin ensemble, c'est l'histoire d'une amitié originale entre un ours blanc et un Indien. Ils pêchent ensemble, et se partagent leur butin le soir venu. Mais leurs amis respectifs estiment, chacun de leur côté, que ce partage n'est pas équitable : qui devrait avoir le droit de garder le plus grand nombre de poissons, l'ours qui a naturellement besoin d'en manger davantage ou l'homme, qui doit nourrir sa tribu en plus de lui-même ?
Cet album fait suite à Debout sur l'eau, paru en 2015, qui voyait se former l'amitié entre ces deux personnages que tout aurait dû opposer, autour de la construction d'un bateau capable de les transporter ensemble sur la rivière. Yun l'Indien apprenait alors à son compagnon que chaque chose mérite d'être faite en son temps, et surtout dans le respect de la nature qui les entoure, et d'autrui.
Dans cette continuité, Hyacinthe Reisch propose un nouvel enseignement à ses deux héros, le partage : cette histoire est une ode à la nature et aux traditions ancestrales, à une existence qui repose justement sur le partage, et non sur le profit. Au fil des mots, l'idée de la tolérance creuse aussi son sillon. Le débat est réfléchi, repose sur le dialogue, et ne nécessite jamais de recours à la violence. Hyacinthe Reisch n'est pas un donneur de leçon : il n'impose jamais de vision à son lecteur, mais l'invite plutôt à la réflexion, donnant à son album des allures de premier conte philosophique.
La technique d'illustration, à l'encre de chine, est rehaussée de touches écarlates. Le résultat est efficace et épuré, en adéquation parfaite avec l'histoire que ces images accompagnent. Là aussi, c'est un vrai retour aux sources que nous propose Hyacinthe Reisch. En effet, il en profite pour nous faire découvrir une autre culture, un autre peuple, et une faune nombreuse, le tout dans une nature harmonieuse et luxuriante.


1, Les mystères de Larispem / Le sang n'oublie jamais, 1. Le sang jamais n'oublie

1. Le sang jamais n'oublie

1

Gallimard Jeunesse

16,00
par (Libraire)
20 avril 2016

Paris s'est éveillée

Larispem, c'est Paris en 1899. Oubliez l'Histoire telle que vous la connaissez : dans cet univers, les insurgés ont pris le pouvoir lors des événements de la Commune, et la classe dominante est désormais celle des louchébems, ou bouchers. C'est dans ce monde que vivent Carmine, apprentie louchébem, et Liberté, mécanicienne, toutes deux amies et maraudeuses la nuit tombée, à la recherche de trésors de l'Ancien Régime à revendre. Lors d'une de leurs sorties nocturnes, elles découvrent un livre qui semble être convoité par les Frères de Sang, qui, à la veille du siècle nouveau, complotent pour prendre leur revanche sur ce nouveau régime qu'ils ont refusé d'adopter. Cela aurait-il un rapport avec la maladie étrange qui touche les pensionnaires de l'orphelinat dans lequel a grandi Nathanaël ? Lui aussi décide de mener l'enquête !
Lucie Pierrat-Pajot réinvente l'Histoire tout en nous la faisant redécouvrir. Elle mélange l'argot – bien réel ! des bouchers du XIXème siècle ainsi que ses grandes figures, notamment Jules Verne, avec des éléments historiques complètement imaginaires, qui vont des inventions révolutionnaires aux discours politiques qui auraient pu exister si l'histoire avait eu lieu autrement.
Elle met en scène des héroïnes fortes, de vraies aventurières qui, dans une société qui prône l'égalité en toute chose, essaient de faire valoir l'égalité des sexes autant que celle des classes, en montrant qu'elle ne valent pas moins que les hommes bien qu'elles évoluent dans des univers typiquement masculins – un sujet remarquablement d'actualité pour un roman qui se passe il y a plus d'un siècle. Loin de faire de Larispem une société utopique, Lucie Pierrat-Pajot nous donne à réfléchir sur notre propre Histoire ; elle a l'art d'inventer un autre monde, tout en faisant que celui-ci reste profondément ancré dans notre réalité.


L'Interlocutrice

PEIGNE Geneviéve

Le nouvel Attila

16,00
par (Libraire)
18 avril 2016

L'Interlocutrice

Odette a 78 ans, elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle « dévisse ». Son mal-être, elle le confie à ses livres, ces polars qu'elle relit : elle écrit dans les marges ses réflexions aux situations romanesques, ramenant tout à la sienne, la maladie (Je souffre de graves insomnies. Moi aussi). Elle répond aux personnages, se mêlent aux conversations, se met sur un pied d'égalité avec Konsalik, Du Maurier, Exbrayat surtout, d'autres encore, ces gloires du polar populaire des années 70. C'est dans les marges de ces romans, dans les interlignes aussi, que se cachent les dernières traces de la voix d'Odette, les derniers témoignages de sa souffrance (« j'ai si mal à la nuit »), transfigurée par la lecture et surtout l'écriture. C'est cette voix, celle de sa mère, que Geneviève ressuscite dans ce court texte où les voix se mêlent : Odette, Geneviève, Alzheimer, Exbrayat, Simenon et consorts...
Un texte à plusieurs voix et à plusieurs niveaux de lecture : un court livre important, qui fourmille de lectures possibles et donc de sens.


Les hauts plateaux
6,60
par (Libraire)
18 avril 2016

Les Hauts plateaux

Récit de voyage à pied à travers le Congo, cet ouvrage intelligent et fin nous confronte à nos a-priori d'Européens. A découvrir absolument.