Nos romans préférés

Voici les romans que nous avons aimé, les derniers chroniqués sont les premiers, bien qu'ils n'aient pas grand chose à voir avec Jean-Jacques Goldman. Il ne reste qu'à picorer.

Grand prix de l'Académie française 2015

Gallimard

21,00

Tunisie ou Maroc, années 20.
D'un côté, il y a les colons, ceux qui se surnomment les « prépondérants ». Des gens venus s'enrichir, des amoureux de Maroc aussi, des refoulés de la mère patrie...
De l'autre, les locaux. Des pauvres pour une très large partie. Mais il y a aussi les élites qui collaborent en espérant des jours meilleurs pour eux ou pour le pays ou les deux à la fois. Mais il y a aussi les jeunes gens éduqués par les écoles françaises, imprégnés de culture française et de valeurs républicaines et qui ne comprennent pas la différence entre les prépondérants et les locaux, qui lorgnent vers les théories communistes qui leur font miroiter l'égalité, au moins.
Dans cet équilibre instable mais qui tient depuis la Grande Guerre, arrive une équipe de cinéma hollywoodienne : des stars, des petites mains, des blancs, des noirs...
Leur arrivée va rompre le statu quo mais l'intelligence d'Hedi Kaddour tient à son absence de jugement, à la mise en perspective des situations : la situation au Maroc, la situation de l'Allemagne sous domination notamment de la France, les Juifs en Europe, la chasse aux mœurs dépravées à Hollywood, les mœurs parisiennes... A nous lecteurs de nous dresser un tableau de la situation et de tirer nos conclusions. Un très beau roman, à l'écriture très classique, qui donne de l'épaisseur à l'Histoire.


Geneviève Peigne

Le nouvel Attila

Odette a 78 ans, elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle « dévisse ». Son mal-être, elle le confie à ses livres, ces polars qu'elle relit : elle écrit dans les marges ses réflexions aux situations romanesques, ramenant tout à la sienne, la maladie (Je souffre de graves insomnies. Moi aussi). Elle répond aux personnages, se mêlent aux conversations, se met sur un pied d'égalité avec Konsalik, Du Maurier, Exbrayat surtout, d'autres encore, ces gloires du polar populaire des années 70. C'est dans les marges de ces romans, dans les interlignes aussi, que se cachent les dernières traces de la voix d'Odette, les derniers témoignages de sa souffrance (« j'ai si mal à la nuit »), transfigurée par la lecture et surtout l'écriture. C'est cette voix, celle de sa mère, que Geneviève ressuscite dans ce court texte où les voix se mêlent : Odette, Geneviève, Alzheimer, Exbrayat, Simenon et consorts...
Un texte à plusieurs voix et à plusieurs niveaux de lecture : un court livre important, qui fourmille de lectures possibles et donc de sens.


Éditions Gallmeister

22,50

Landfall est un roman très ambitieux. Rose et Rosie sont deux jeunes filles ayant connu l'épisode Katerina. A priori leur seul point commun. Mais bien loin de s'arrêter là Rose se lance dans une quête complexe, profonde, initiatique. Ce roman traite de l'un des épisodes les plus douloureux des États-Unis, certes, mais il va bien au-delà. Il s'agit aussi d'un roman sur la filiation, sur la relation mère/fille, d'une puissance émotionnelle incroyable.


19,90

Après le Morvan puis les vignobles champenois, après l'Albanie, Sandrine Collette continue son tour du monde du roman noir en partant pour la Patagonie. Nous voici en immersion au sein du ferme de gauchos dirigée par une mère tyrannique dont les seuls employés, ou plutôt esclaves, sont ses quatre fils.
Et nous allons suivre la décadence de cette famille, commencée depuis longtemps, car comment faire face aux superstructures agricoles gérant des milliers de têtes de bétail ? Les petits élevages sont amenés à disparaître, la viande ne rapporte plus assez, ils ont été repoussés dans les terres hostiles et peu généreuses en céréales. La mère décide de ne pas voir, de ne pas renoncer, quitte à laisser ses garçons se mener une guerre impitoyable pour la place de dominant, quitte à laisser son dernier Rafael subir les pires traitements tel le seul objet de distraction dans cette misérable pampa.

Seulement malgré tous les efforts de la mère pour maintenir le joug bien serré, il lui est impossible d'éviter les contacts avec le monde extérieur. Et ces échanges ne sont pas sans conséquence, la fratrie ne peut pas ne pas voir que « les autres » fonctionnent bien différemment, voire pire encore : découvrir que l'espoir existe, et Rafael, si peu armé pour affronter la violence, sera l'un de ses principaux porteurs.

Sandrine Collette nous a déjà démontré sa capacité à nous embarquer dans des intrigues à l'ambiance de plus en plus épaisse. Ne rêvez pas, vous n'y échapperez pas plus cette fois-ci. La richesse des personnages est saississante. Notre auteur nous a aussi habitués à être immergés dans des milieux hostiles, ce roman ne fait pas exception. Et pourtant Sandrine Collette a une capacité à se renouveler absolument étonnante. Il reste la poussière se rapproche encore plus du Nature Writing, en s'écartant du roman noir pour venir flirter avec le roman, tout simplement et avec grand talent. Et honnêtement, Sandrine Collette n'a vraiment pas à rougir devant quelques spécialistes de cette littérature : David Vann, Ron Rash ou encore Pete Fromm pour ne citer qu'eux.


13,00

Un projet collectif, une oeuvre unique

Ce roman est ce que l'on appelle un projet littéraire, un sacré projet littéraire en fait ! L'Ajar (Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands) est un collectif de jeunes auteurs suisses qui ont eu comme projet de construire un texte d'une seule voix avec 18 auteurs. Intriguant...

Esther Montandon est une auteur ayant eu un certain succès avant le drame de sa vie. Le dépositaire de son testament retrouve dans les archives de l'écrivaine des textes pouvant tenir lieu de journal intime. Ce roman est une sorte de compilation de ces textes, retraçant une vie en pointillés. Non seulement l'incroyable travail de L'Ajar nous offre une seule voix, celle d'Esther Montandon, mais cette voix m'a touchée dans l'économie de mots, la justesse et la pudeur de ce journal intime.

Comment un collectif peut nous offrir un texte juste, essentiel. U premier roman et une très belle découverte !