Nos romans préférés

Voici les romans que nous avons aimé, les derniers chroniqués sont les premiers, bien qu'ils n'aient pas grand chose à voir avec Jean-Jacques Goldman. Il ne reste qu'à picorer.

19,00

Dans un récit tout à la fois drolatique et terrifiant, Sorj Chalandon nous raconte l'enfance d'Emile, enfant unique né au lendemain de la seconde guerre mondiale. Emile a la chance d'avoir un papa champion du monde de judo, prêtre, agent secret, ami intime de De Gaulle... Alors évidemment, on ne s'ennuie pas avec un papa pareil : après l'entraînement militaire, il faut déposer des lettres anonymes, faire des planques, trouver des cachettes pour Noureev récemment exfiltré d'URSS... Difficile d'être à la hauteur aussi de ce papa exigeant, d'où la pluie de coups qui ne cessent de s'abattre sur Emile. Difficile aussi de croire aux incroyables histoires de ce père qui ne quitte pas l'appartement et qui terrifie la mère, victime consentante, bourreau auxiliaire.
Au fil du récit, Sorj Chalandon sème des indices qui nous laissent à penser que, peut-être, Emile et Sorj ne sont qu'une seule et même personne. L'auteur semble aussi nous dire qu'il n'y a que par l'humour que l'on peut raconter une histoire aussi invraisemblable, drôle et dure tout à la fois.


suivi de La mémoire des routes

Fayard

20,30

Ce texte fait figure d'ancêtre dans la littérature de la marche. Sa première édition date de 1973, une époque où la marche n'est pas encore un hobby mais une pratique réservée aux malchanceux qui ne peuvent jouir de l'automobile. Combien de fois Lacarrière nous narre-t-il ses tentatives plus ou moins heureuses d'ailleurs de convaincre les automobilistes qu'il n'a nul besoin qu'on le dépose !
Que les choses soient claires : Jacques Lacarrière ne part nullement « randonner ! Il se « promène » ! La différence est de taille car le côté sportif de l'aventure lui échappe totalement : il parcourt 60 km les 3 premiers jours puis prend une journée de repos à l'hôtel pour s'en remettre. Idem pour ce qui est du matériel : il part en Pataugas avec une flasque de rhum et compte sur les ruisseaux pour se désaltérer.
Il part aussi sans itinéraire et sans carte, s'en remettant aux chemins et aux gens qu'il rencontre. Il part des Vosges, traverse le Morvan et l'Auvergne pour rallier la Méditerranée. Il passe par Epinal, Langres, Avallon, St Flour, Lodève... Lacarrière ne « fait » pas un parcours prédéfini : il trace son propre chemin dans la nature, parmi les hommes, loin des sentiers battus.
Il part d'ailleurs autant pour la nature que pour les hommes qui l'habitent. Il prend le temps de discuter avec un bûcheron, de boire un verre dans les cafés de campagne qui composent encore le paysage à l'époque, de dormir chez l'habitant le cas échéant. Ces hommes et ces femmes lui racontent, dans leurs patois souvent, leur travail, leur vie, l'histoire des paysages qu'il traverse. Dans Chemin faisant, pas de pensées philosophiques ni de descriptions interminables mais des rencontres humaines.
Alors pourquoi coucher tout cela sur le papier ? Pour immortaliser ces rencontres ? Pour faire souffler le vent de l'aventure chez ses lecteurs ? Ou pour continuer à dilater le temps comme c'est le cas dans ces ballades au long cours ?


20,00

Delphine est un écrivain à succès. En tout cas, elle a connu un énorme succès avec son dernier roman mais depuis, elle peine à s'y remettre. Elle bulle, elle élude, elle prétexte, elle reporte, elle annule, elle recommence, elle change d'idée... : s’asseoir devant son ordinateur lui provoque des nausées (au sens propre) et écrire à la main lui provoque des douleurs dans tout le côté gauche (Delphine est gauchère).
Heureusement, son chemin croise celui d'une femme (écrivain elle aussi même si elle écrit pour les autres et ne signe jamais) qui va devenir son amie (ou plutôt redevenir son amie puisqu'elle se serait connue autrefois). L. va aider Delphine dans sa détresse, venir s'installer chez elle, faire sa correspondance puisqu'elle ne peut plus écrire, faire le vide autour d'elle pour qu'elle puisse se remettre au travail, le protéger des lettres anonymes malveillantes, prendre peu à peu possession de sa vie...
Un roman construit comme un miroir aux alouettes, qui vous tient et ne vous lâche plus, vous guide et vous perd tout à la fois : Delphine de Vigan nous montre toute sa virtuosité dans l'art de composer un récit, joue avec l'autofiction et par conséquent se déjoue avec brio de ses détracteurs qui prédisaient qu'elle n'aurait plus rien à raconter après Rien ne s'oppose à la nuit. Un roman abyssal qui n'est pas sans rappeler Stephen King ou Bret Easton Ellis. A dévorer en une nuit.