Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Comment élever votre Volkswagen
20,00
par
1 septembre 2014

Je cale... mais normal, je ne roule pas en Volkswagen

Christopher Boucher s'amuse, nul ne peut le contester, mais pas moi. Il en est de l'humour qu'il peut se partager ou ne pas faire mouche, ce qui est le cas avec moi ici. Je reste totalement imperméable, imperturbable, enfin à peine, parce qu'un poil énervé lorsque je ne comprends rien à ce que je lis. Ce qui est le cas. Je n'entrave que dalle et ça m'agace.
Néanmoins, je comprends aisément (comme quoi, je peux comprendre des trucs) que l'on puisse adhérer au style et à l'humour de l'auteur. Bon, pas pour moi, tant pis...

Marc Menis

Ravet-Anceau

par
1 septembre 2014

Marc Ménis est Lillois, féru de rock, comme son commissaire Sandre qui écoute Les Ramones à fond dans sa voiture. La casse, son premier roman, n'est pas totalement abouti, mais il contient de belles promesses.

Il est assez long à démarrer et ne devient vraiment intéressant qu'aux alentours de la page 8O lorsque les deux squelettes sont déterrés et que le capitaine Morel se charge de l'enquête. Avant, ça ronronne, ça s'allonge en des considérations pas toujours palpitantes. Puis, petit à petit, les personnages prennent du corps et de l'épaisseur, Sandre et Morel en particulier, mais leurs histoires peinent encore à s'intégrer de manière fluide dans le récit : elles sont présentes, mais arrivent parfois comme un cheveu sur la soupe, sans transition.
Autre constat : l'intrigue des corps enterrés cinquante ou soixante ans plus tôt, nous dit Marc Ménis, touche et remue ses deux flics, mais le problème c'est qu'on ne le sent pas vraiment, il aurait été judicieux, plutôt que de nous le dire plusieurs fois de nous le faire ressentir par le comportement d'iceux, leurs questionnements... Le choix de deux enquêtes séparées n'ayant rien en commun me plaît bien, on a tellement l'habitude de voir deux dossiers totalement opposés se rencontrer en fin de volume, parfois de manière artificielle, au moins Marc Ménis évite l'écueil. Son roman est très réaliste, ancré dans le temps.
J'ai l'impression d'avoir lu un roman policier inachevé, un plan très détaillé et très prometteur, une bonne base pour un roman d'une autre envergure. Les idées, les personnages et l'écriture de Marc Ménis, sa fluidité, sa simplicité à la fois classique et moderne me donnent à penser que ce premier roman ne sera pas le dernier et que les bonnes choses aperçues dans ce livre reviendront développées et musclées dans un prochain opus.

Esprit de famille

Flamant Noir Editions

par
1 septembre 2014

Sur le thème assez classique du secret de famille qui déchire les uns, rapproche les autres et finit par tout détruire lorsqu'il est connu, Ellen Guillemain tire son épingle du jeu. Parce qu'elle a une bonne idée de construction de son roman : elle alterne les points de vue dans les chapitres. Chaque personnage que l'on rencontre dans cette histoire intervient à un moment. Une galerie riche et dense, on se plaît même à penser que chacun aurait pu être un héros de sa propre histoire tellement tous sont présents et bien décrits avec un passé et un présent voire un avenir forts.

Un roman avec Seda, pourquoi pas ? On la quitte avec des questions qui si elles ne nous laissent pas sur notre faim pourraient tout à fait faire l'objet d'un roman à part entière. Pareil pour Séverine, qui cache beaucoup de sa personnalité sous une froideur qui lui pèse, et idem pour Samy, Nouche, Marco et Sophie pour ne parler que d'eux. C'est dire si Ellen Guillemain a su dresser les portraits de personnages complexes et humains avec leurs parts d'ombre et de lumière. Bien vu en plus, le chapitre dans lequel Marco est le narrateur et qui change de style littéraire s'adaptant à son handicap : "Quand j'ai demandé à Sophie où était Papa, elle a pleuré et je me suis dit que j'avais encore dit une connerie. J'avais oublié qu'il était mort. Ca me sort de la tête ces trucs-là, surtout si c'est important." (p.83)
Au hasard des dialogues ou des monologues, elle glisse des propos très directs dans la bouche de ses personnages, sur la difficulté à vivre dans les cités surtout lorsqu'on est immigré, sur des faits de société, sur la politique, sur le pape (mon anticléricalisme primaire m'oblige à citer ici des phrases dont j'aime beaucoup le fond et la forme, à propos du pape qui twitte : "Il n'a rien d'autre à faire que twitter, celui-là ? Ah ça, il encourage les jeunes à twitter ! Au moins, pas besoin de capotes pour ça ! Et les pauvres qui ne peuvent pas twitter parce qu'ils n'ont pas d'ordinateur ! Du coup, ils sont désœuvrés ! Du coup, ils couchent sans capotes sur les recommandations du très Saint-Père ! Du coup, ils chopent ou le sida ou un polichinelle dans le tiroir, voire les deux, et ils s'enfoncent encore plus dans la misère ! Mais le pape les bénit en twittant, alors tout va bien !" (p.116) Ces interventions placent ce roman dans son époque, réaliste et résolument actuel.

Ellen Guillemain use d'une écriture réaliste, directe, crue, "brute mais sensible" (dixit la 4ème de couverture que je reprends très volontiers car ces deux adjectifs accolés résument bien l'écriture de l'auteure) qui donne le ton à son histoire. Un roman noir plus qu'un polar, il n'y a pas d'enquête, pas d'indices disséminés qui permettraient aux lecteurs de découvrir un coupable, non c'est l'ambiance, la construction et l'écriture du roman qui lui donnent cette couleur noire. Avec ce thème, E. Guindaille aurait pu faire un énième roman sur une famille qui se déchire après la mort du père. Elle a l'excellente idée et le talent pour ajouter une dose de suspense et pour créer une atmosphère tendue, oppressante qui sortent ce roman de la production banale pour le poser en douceur mais avec fermeté sur des piles de livres à lire sans hésiter. A bon entendeur...
Ma deuxième belle rencontre avec les éditions Flamant noir qui prouvent là le travail efficace et commun de l'éditeur -l'éditrice en l'occurence- et de l'auteure.

Une vieille affaire

Nicolas-Raphaël Fouque

Ravet-Anceau

par
1 septembre 2014

Retour de Camille Trencavel déjà rencontrée dans Le crâne de Boulogne. Et la voici qui patauge dans un monde glauque, celui des compromissions et des affaires, des magouilles et des dossiers, des arrangements entre amis, tout cela au nom du pouvoir politique.

Virgile Acarmone est Président de la République, il en est à la fin de son second et donc ultime mandat, mais en faire un troisième le titille sérieusement. Il fait tout pour que Maximilien, son frère soit le prochain candidat, pour garder le pouvoir dans la famille, on ne sait jamais, il pourrait retrouver sa place ensuite... Dans le même temps, Maximilien magouille pour être élu Président du Sénat, d'autres veulent être ministres voire le premier d'entre eux, puisqu'un remaniement est en cours. Se greffe là-dessus une histoire d'héritage industriel du plus grand fabriquant d'armes français. A ce niveau, tout le monde a quelque chose à s reprocher et chacun a un dossier sur son adversaire politique. Haines, rancœurs, hypocrisies, ambitions et jalousie sont les maître-mots de ce monde que décrit NR Fouque. Il invente bien sûr, emprunte à divers personnages pour fabriquer les siens -pas forcément en France, on n'a pas encore eu de Président désireux de changer la Constitution pour faire d'autres mandats, ce qui donne une impression de réalité et d'anticipation qui peut dérouter mais qui, une fois le pli pris donne un contexte formidable. Il faut juste faire un petit effort. NR Fouque est comme je le disais à propos de son premier roman et comme le dit Nicolas Marié dans la préface (vous ne pouvez pas ignorer qui est Nicolas Marié, ce serait une faute de goût : c'est un acteur absolument génial, notamment dans les films d'A. Dupontel : un médecin alcoolique dans Le vilain, ou un irrésistible avocat bègue dans 9 mois ferme, mais aussi un salaud hirsute dans Micmacs à tirelarigot de JP Jeunet, entre autres), NR Fouque disais-je donc avant de me faire interrompre par un extrait de la filmographie de N. Marié, est un auteur qui fait appel à l'intelligence du lecteur :
"Nicolas-Raphaël Fouque a ce talent tout à fait étonnant de nous emporter dans son roman policier avec pour code d'expression majeur les dialogues. [...] Quelle légèreté cela confère à son roman ! Quelle confiance il fait à l'intelligence de son lecteur ! Il ne reste plus alors qu'à se laisser entraîner par les images que chacun ne manque pas de se construire pour alimenter son imaginaire. C'est un peu comme si Nicolas-Raphaël Fouque commandait à chacun de ses lecteurs de se faire sa propre traduction de son roman en images." (p.6)
Là, j'opine, je branle du chef et j'applaudis des deux mains -parce qu'avec une seule ce n'est pas évident !-, le lecteur est obligé de se faire ses propres images, car NR Fouque décrit très peu, quelques mots par personnage, juste des silhouettes ; de même, on passe d'une intrigue à l'autre, d'un jour à un autre ou d'un lieu à un autre (mais les indications temporelles et géographiques sont notées en tête de chaque sous-chapitre, ouf !) ; l'auteur procède par ellipses, par images que l'on doit relier entre elles : "Dans son grand labyrinthe d'images vous allez être balloté, écartelé, compressé. Et vous n'en sortirez pas indemne. Le point final vous trouvera ému, en colère, étourdi, cabossé." (p.6) Que dire de plus que N. Marié ? Rien ! Je vous laisse donc avec ce bon conseil de lire ce polar (et même si vous êtes tenté, avant, lisez Le crâne de Boulogne) et avec l'espoir que l'adaptation télévisuelle ou cinématographique dont parle Nicolas Marié puisse voir le jour. J'en suis... enfin, en tant que spectateur bien sûr

Miss Bomb

Luciani, François

Michalon

16,00
par
1 septembre 2014

Bonne idée que de tenter de savoir ce qui peut se passer dans le tête des gens qui se posent une ceinture d'explosifs et se font littéralement sauter au milieu de la foule. François Luciani invente Lisa et son parcours qui ne vaut sans doute que pour elle et ne peut pas être universalisé. Elle est une jeune fille moderne, avec des désirs de réussite professionnelle et sociale, qui veut sortir de sa condition de pauvreté ; les rencontres qu'elle fera et qui lui permettront d'accéder à ce désir seront déterminantes et changeront le cours de sa vie. Lisa est un beau personnage, une jeune femme à la fois simple et ambitieuse, tiraillée entre son envie de réussir, de montrer à tous qu'elle s'en est sortie malgré les difficultés et ses origines, sa mère notamment qui lui reproche de l'abandonner. C'est cette faille que vont exploiter les religieux intégristes, les combattants de l'islam : ils cherchent toujours la faiblesse pour s'insérer et instiller leur doctrine. "La religion est un poison" (Mao aurait dit ça en parlant des Tibétains, cité dans Kundun, film de Martin Scorsese), l'intégrisme est un fléau.

Le roman débute par l'attentat commis par Lisa, décrit en courtes phrases, puis sans attendre les conséquences de ce geste, François Luciani raconte l'enfance de Lisa, et déroule le court de sa vie, jusqu'à la fin qui rejoint le début en une sorte de boucle, une vie fragile qui ne tient qu'à un fil, celui du détonateur. Pourtant Lisa fera des efforts pour sortir de sa condition, cherchera un travail : "Après quelques semaines de recherches qui firent la risée de ses potes de lycée, la recherche d'emploi étant pour eux équivalente à un gag, elle trouva contre toute attente un de ces jobs qu'on vous refile à la sauvette dans les organismes universitaires avec une leçon de morale et un viatique en guise de salaire, quelques sous en dessous du minimum de la dignité vitale, misérable aumône obtenue de haute lutte en qualité de "stagiaire rémunéré" pour douze heures d'affilée passées derrière un comptoir à servir des bières et des saucisses-purée aux commerciaux en tournée, frustrés de leur vie de merde et à l'affût du moindre cul." (p.29)
Malgré la belle plume de François Luciani, ses belles et longues phrases comme celle que je viens de citer, ses usages de différents niveaux de langage, je ne suis pas totalement convaincu par son bouquin. Des répétitions, des longueurs nuisent à la qualité de son histoire, même si pour finir, me reste l'image d'un beau personnage fort bien décrit dans ses complexités et ses difficultés. François Luciani est scénariste et réalisateur, peut-être sa Lisa sera-t-elle incarnée au cinéma ? Un auteur à suivre