Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Mes plus grands succès

Trapier, Stéphane

Casterman

19,00
par
7 juillet 2020

Compilation des œuvres de Stéphane Trapier, illustrateur de presse (Télérama, Le 1 Hebdo, XXI, Le Monde, ...) et auteur de bandes dessinées parues notamment dans Fluide glacial. Entre deux illustrations vintage détournées, on suit l'histoire de Giscard et de Giscarda sa femme, sous les traits des propres parents de l'auteur, tandis que lui-même est un Manu Mac'on, héros d'un monde sans R, qui s'exprime et pense sans cette lettre.

J'eus l'occasion il y a quelques semaines de compulser quelques planches virtuellement et l’expérience ne me satisfit point. Mais dès que je tins en mains la version papier, je fis une autre tête et me régalai aussitôt. La couverture du livre un peu rembourrée et ce dessin incroyable me plurent d'emblée, ce qui me conforta et me conforte toujours dans l'idée que je suis un homme à toucher du papier, à tourner des pages et non point à tapoter un écran pour les faire défiler, surtout lorsqu'il s'agit de bande dessinée.

Stéphane Trapier s'amuse avec des références musicales et cinématographiques de son enfance, et j'ai les mêmes -dont parfois, je ne suis pas très fier- ; il fait se télescoper des illustrations de grands films avec des extraits de chansons françaises : Gabin dit à Ventura, par exemple "C'est pourtant clair : je vous dis d'aller siffler là-haut sur la colline !" Il peut aussi être question des grandes préoccupations sociales, comme la retraite, mais mises en scène avec Superman et des Martiens, un seul dessin, très drôle. Décalage et donc rire.

Et la mise en scène des Giscard sous les traits des parents de l'auteur, avec un Giscard à l'ancienne, un peu machiste et une mère qui subit mais envoie des vacheries est irrésistible :

Elle : "A quelle heure arrivent nos amis pour dîner ?

Lui : Mais... Tu sais bien qu'on n'a pas d'amis...

Elle : Quel dommage ! J'avais préparé une blanquette de cons. C'est comme une blanquette de veau, mais préparée pour des cons. Tant mieux pour toi ! Tu vas pouvoir manger leur part."

Les dessins empruntent à plusieurs genres : la bande dessinée de SF vintage, l'illustration type affiche, le détournement d’œuvres et de personnages célèbres, la couleur, le noir et blanc.

Hilarant, décalé, absurde. J'adore.

Affaires Internes

Didier Fossey

Flamant Noir Editions

par
7 juillet 2020

Didier Fossey ex-flic connaît bien le monde sur lequel il écrit désormais. Ses polars avec son héros récurrent, Boris Le Guenn sont très réalistes et excellents. Affaires internes se passe de Boris (juste un clin d’œil) et n'en pâtit point. Yann Rocher, chef de la BAC de nuit de Colombes peine à se remettre du grave accident de Mia sa fille et tente tout pour qu'elle puisse surmonter les séquelles inévitables. Son désir de vengeance ne l'a pas quitté même si son boulot de nuit et ses visites fréquentes à Mia lui prennent beaucoup de temps.

Didier Fossey décrit le quotidien des flics de la BAC, la descente d'un homme qui est confronté au pire tous les jours et même dans sa vie personnelle. On sent qu'un rien peut faire sombrer Yann Rocher. Il est sur un fil : il peut chuter du côté obscur des flics ripoux ou rester du bon côté. L'équilibre est instable et précaire. La tension du roman est d'une part dans le personnage de ce flic prêt à presque tout pour sauver sa fille, gardera-t-il assez de force pour mener de front sa vie personnelle, sa vie professionnelle et son envie de vengeance ? Elle est aussi dans l'affaire des braquages dont on se demande comment elle va venir rejoindre la vie du major Rocher. C'est bien fait, l'auteur fait monter le suspense lentement mais sûrement. Les 40 dernières pages sont tendues au point de ne pas pouvoir s'arrêter, et pourtant, point de courses poursuites, de bruit et de fureur, non c'est beaucoup plus subtil et mieux amené. Excellent, comme d'habitude avec Didier Fossey : 190 pages auxquelles il ne manque rien et dans lesquelles rien n'est superflu. Pas de délayage pour faire "gros", pas de digressions inutiles. Tout ce qui est écrit est clair, net, précis et utile à l'histoire ou aux personnages. Tout ce que j'aime.

Il écrit là son septième roman, j'en ai lu 6, c'est dire si vous pouvez y aller les yeux fermés.

PS : j'aime beaucoup la maison Flamant noir, ses auteurs et le soin apporté aux livres. L'éditrice fait un beau travail qui se ressent dans la lecture ; par exemple, le choix de la police d'écriture sur ce roman.

Les naufragés de La Méduse

Deveney, Jean-Christophe

Casterman

26,00
par
7 juillet 2020

Théodore Géricault a peint en 1818/1819 l'un de ses plus célèbres tableaux : Le radeau de la Méduse. Le 2 juillet 1816, la frégate la Méduse s'échoue et les canots ne suffisent pas pour tous les passagers. 170 d'entre eux prennent place sur un radeau de fortune. Deux semaines plus tard, lorsque le radeau est secouru, ils sont dix fois moins nombreux.

L'astuce ou la bonne idée de cet album est de raconter en parallèle, l'histoire de l'échouage de la Méduse et les responsabilités du capitaine du bord qui, lui, prit place sur un canot et les horreurs commises sur le radeau pour rester en vie et la genèse du tableau, œuvre gigantesque qui fit beaucoup parler, le drame étant très récent et encore à l'esprit des gens. Scénarisée par les deux auteurs, même si le suspense est un brin éventé depuis le temps, les pages tournent vite.

L'autre bonne idée est de raconter cette histoire à travers quelques personnages emblématiques, réels et survivants, dont certains, Corréard et Savigny, publièrent un témoignage. S’entremêle à cette tragédie, l’histoire de Théodore Géricault (1791-1824), ses amours, sa vie pécuniaire confortable. Si je connais le peintre, j'avoue que je ne savais rien de sa vie assez brève.

J'aime aussi beaucoup le dessin de JS Bordas. Couleurs claires (sauf pour les nuits). Quasi uniformité des tons et traits expressifs. Très bel album, avec en postface un court dossier sur le tableau de Géricault.

Le grand sommeil, Une enquête du privé Philip Marlowe

Une enquête du privé Philip Marlowe

Gallimard

6,90
par
7 juillet 2020

Raymond Chandler (1888-1959) fut avec Dashiell Hammett l'un des fondateurs du nouveau polar, du roman noir dans lequel les frontières entre le bien et le mal sont très perméables et dans lequel l'action et la violence priment. Le grand sommeil, écrit en 1939 (adapté au cinéma avec Humphrey Bogart en Marlowe et Lauren Bacall en Vivian Regan, par Howard Hawks) est traduit par Boris Vian et publié dans la Série noire de Gallimard en 1948.

Et que dire d'autre que c'est formidable de lire un grand classique du genre ? Depuis longtemps je m'étais dit qu'il fallait que je le lise, et puis, les autres sollicitations livresques arrivant, je repoussais... Ne faites pas cela, foncez et lisez ce grand roman noir. Tout y est : les bons, les méchants qui changent parfois de place. L'alcool, la clope, le sexe, mais rien à voir avec ce qui s'écrit de nos jours en la matière, pensez donc : de simples photos de nus d'une jeune femme riche et paumée forcent son père à engager un détective !

Il y a surtout Marlowe, un détective un poil blasé, qui fonce et n'hésite pas à braver les gangsters pour arriver à ses fins. Et enfin, l'écriture relâchée de Raymond Chandler, oralisée qui garde néanmoins des traces de classicisme grâce à l'usage du passé simple et de l’imparfait du subjonctif aujourd'hui tombé en désuétude, ce qui est fort dommage. Bref, un classique, un grand classique qu'on trouve aisément. Un conseil : je ne sais pas si d'autres traductions existent, mais préférez celle de Boris Vian, ça double le plaisir. Comment résister à ce qui suit ?

"Au septième étage, je gagnai la suite de petits bureaux occupés par les sous-ordres du Procureur du District. Celui d'Ohls n'était pas plus grand que les autres, mais il l'avait pour lui tout seul. Rien sur sa table qu'un buvard, une garniture de bureau bon marché, son chapeau et un de ses pieds. C'était un homme blondasse de taille moyenne, aux sourcils blancs et raides, aux yeux tranquilles et aux dents soignés. Il ressemblait à tous les gens qu'on croise dans la rue."

par
17 juin 2020

Roman qui parut en 1930, fut traduit en français en 1936 et dont le titre changea quelques années plus tard en le célèbrissime Le faucon maltais (le titre original est The Maltese falcon). Passé à la postérité en 1941 grâce au film de John Huston avec Humphrey Bogart en Sam Spade. Malgré cela, je ne l'avais pas lu et le film est très lointain dans ma mémoire.

Le faucon de Malte est le troisième roman des six qu'écrira Dashiell Hammett après avoir publié pas mal de nouvelles. C'est lui qui révolutionna le genre policier. Il n'y a plus ni bien ni mal, Sam Spade est un détective qui cherche certes la vérité, mais peut s'en arranger si ça l'avantage. Grand buveur, bagarreur, dragueur, il n'hésite pas à se servir des autres pour parvenir à ses fins. C'est aussi l'apparition des femmes qui ne se cachent pas, entre femme-enfant et vamp, Effie Perine, la secrétaire de Sam est ainsi décrite : "La jeune fille, bronzée, grande -une fausse maigre, portait une robe de lainage mince qui moulait ses formes comme un drap mouillé. Ses yeux bruns riaient dans un visage enfantin."

Régulièrement classé dans les polars marquants, je vais -une fois n'est pas coutume- dans le sens commun. Court, rapide, incisif dans les dialogues, noir, tout est excellent. Personne n'est tout noir tout blanc sauf peut-être Effie Perine. On s'attend à tout moment à un bouleversement. Les personnages sont brièvement décrits, le reste, il faut le chercher entre les lignes, dans les réparties et c'est assez aisé. Pour l'intrigue, Dashiell Hammett distille des indices sans les expliquer, ça intrigue, évidemment. Les explications suivent quelques pages plus loin et tout s'emboîte parfaitement, jusqu'à la fin.

Ce roman mythique débute ainsi révélant d'emblée l'ambivalence du personnage principal : "Sam Spade avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait, en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris jaune coupaient le visage d'une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin, et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. L'ensemble du visage faisait penser au masque sardonique d'un Satan blond."