Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Avenida Vladimir Lénine

Constance Latourte

Intervalles

18,00
par
2 juillet 2019

Ce livre est présenté comme un roman, il doit cependant s'appuyer sur l'expérience de l'autrice qui a réalisé un documentaire sur le thème évoqué, en 2009, intitulé "Khanimambo Mozambique". Elle explique très bien que le coup d'état de Pinochet (1973) correspond à l'indépendance du Mozambique (1975) et que les arrivées des Chiliens se sont toutes produites à la fin des années 70. "Dès que l'indépendance a été déclarée, en 1975, les colons portugais ont dû fuir par peur des représailles. Ils sont partis du jour au lendemain pour sauver leur peau. Et le pays s'est retrouvé sans professionnels. Il n'y avait plus de médecins, plus d'ingénieurs, plus d'économistes. Plus aucune personne formée. Parce que pendant la colonisation, les Portugais occupaient tous les postes à responsabilité et ne formaient pas les Mozambicains. [...] À cette époque, il y avait des exilés chiliens dans le monde entier à cause de la dictature. Le Parti Communiste chilien a donc signé un accord avec le gouvernement mozambicain pour envoyer des spécialistes." (p.56) Voilà pour le thème du documentaire que, pour ma part, j'ignorais totalement.

Le livre est ensuite le parcours de la jeune cinéaste pour tout simplement vivre dans un pays qu'elle ne connaît pas et qui a des us et pratiques bien particuliers. Heureusement, Alberto, son colocataire la guidera et lui donnera des conseils en même temps qu'il sera un soutien dans les moments de doute. Car doutes il y aura, tant la tâche est ardue. Tenter de faire un reportage, seule, sans argent, dans un pays où tout se monnaye, de l'amende pour excès de vitesse fictif aux demandes administratives multiples, pour avoir notamment le droit de filmer dans les lieux publics. Français qui vous plaignez des lenteurs et des méandres de l'administration de notre pays, lisez les pages 203 à 211 et vous relativiserez votre point de vue initial. On est forcé de rire, parce que Constance Latourte rend cette épreuve assez comique en jouant notamment avec le style : des phrases normales, puis de plus en plus courtes pour finir quasiment avec des phrases uninominales. Mais j'imagine qu'à vivre, ça doit être l'enfer.

Tout cela donne un roman bien agréable sur la gestation d'un documentaire en zone si ce n'est hostile au moins difficile, un documentaire que je verrais volontiers maintenant que j'en sais un peu plus sur le thème, grâce à ce livre et sur les étapes qui ont marqué sa réalisation.

Le sang des Highlands
par
16 juin 2019

"Écosse, 1892. Sur une rive isolée du Loch Ness, les corps d'une paléontologue et de son mari sont retrouvés mutilés et démembrés. Est-ce l'œuvre d'un meurtrier barbare ? Celle d'une bête sauvage ? Et où leur jeune fils et son ami ont-ils disparu ?

L'élucidation de tels crimes ne pouvait être confiée qu'à l'enquêteur Gareth Thaur, un ancien colonel de l'armée qui en a vu bien d'autres. L'affaire est tellement sensible que Scotland Yard envoie en renfort son meilleur détective, Joe Hackney, un ancien malfrat aux méthodes peu orthodoxes, cynique mais génial." (4ème de couverture)

Bon, bon, une fois cela lu, on se dit que ça devrait dépoter. Eh bien non, le début est long et si l'on excepte quelques descriptions de tortures et d'autopsies presque insupportables et à mon avis largement évitables, eh bien le récit ne commence pas vraiment. Il faut passer des passages pour trouver de quoi se raccrocher. Et lorsque comme moi, vous ne trouvez pas, eh bien, vous abandonnez. Il y a un je -ne-sais quoi qui m’empêche d'adhérer à cette histoire, soit dans les personnages, soit dans l'écriture, je ne saurais pas être plus précis, mais je me suis ennuyé. Je laisse donc à d'autres qui sauront apprécier plus que moi.

Sombre avec moi

Anne-Marie Métailié

22,00
par
16 juin 2019

Diana Jager et chirurgienne, pas vraiment appréciée par ses collègues. Il faut dire qu'en tant que blogueuse féroce qui parle de ses conditions de travail et de la vie d'un hôpital, elle s'est fait quelques ennemis. Célibataire presque endurcie, elle rencontre Peter, informaticien, se marie avec lui. Peter meurt six mois plus tard. Très vite elle est soupçonnée.

Que c'est long et bavard. De réflexions oiseuses en descriptions inutiles, ce polar traîne en longueur en devient lassant alors que pourtant tout est là pour qu'il soit passionnant. Le personnage de Diana est bien vu, sa misanthropie à peine cachée, sa froideur. Je sens bien aussi que la construction du roman est intéressante, entre les divers narrateurs, des retours en arrière, des surprises et un intérêt particulier parce qu'on ne sait pas où le romancier veut en venir et nous emmener, difficile de deviner ses intentions et donc l'avenir de ses personnages. Mais pourquoi noyer tout cela dans un flot de dialogues, de descriptions qui n'apportent rien au texte si ce n'est de l'ennui. Comme si, encore une fois, un nombre de signes était imposé à l'auteur ou l'éditeur, pour sortir un gros polar, un livre qu'on remarque sur les étals des librairies.

BROYE
18,50
par
16 juin 2019

Cédric Cham, je l'ai déjà rencontré dans son précédent roman, "Le fruit de mes entrailles", un roman noir, très noir. Je pensais qu'il avait atteint les limites de cette couleur, mais je me trompais tant "Broyé" est encore plus noir. Pour "Le fruit de mes entrailles", je parlais de l'outrenoir de Soulages, pour celui-ci, je parlerais plus volontiers du Vantablack utilisé exclusivement par Kapoor en peinture.

Cédric Cham parle de l'enfermement physique mais aussi de l'enfermement psychique lorsqu'une personne est contrainte par une autre. La violence des mots est parfois plus forte que cette des actes. Christo a subi les deux et s'efforce de ne pas reproduire. Mais comment vivre "normalement" lorsque toutes les années précédentes ne furent que violences subies, puis infligées et toujours subies. La résilience, ce n'est pas aisé lorsque les coups et les insultes pleuvaient 24h/24. "Quant au passé, même si des fragments perçaient parfois la surface, à quoi bon s'étendre dessus ? Se souvenir, en parler, revenait à triturer le couteau dans la plaie. A se remémorer ce qu'ils avaient été et donc ce qu'ils étaient devenus. Voire ce qu'ils ne seraient plus. Jamais. Et puis, reconnaître le passé conduisait à prendre conscience du présent. Et donc à devoir affronter le futur. Ou plutôt l'absence de futur. Comment vivre sans but, sans possibilité de lendemain ?" (p.196)

Comment lier connaissance, nouer des relations dans ces conditions ? Comment garder sa part d'humanité ? Tout cela est abordé par l'auteur, parfois directement, parfois entre les lignes dans une écriture qui claque comme des coups. Le style est âpre. Sec. Violent. A l'os comme m'a dit quelqu'un un jour. Pas de fioriture, Cédric Cham va au plus profond sans détour. Un roman noir et dur qui ne laisse pas indemne. On frissonne encore une fois refermé en repensant à tout ce qu'on y a lu.

Je ne lirai pas tous les jours de livres de la sorte, pour mon confort et ma santé mentale -enfin, ce qu'il en reste- mais là, j'en suis encore tout chose, à tel point que, même pas sous la contrainte, j'en fais l'un de mes coups de coeur.

Des écrivains imaginés
par
16 juin 2019

Quinze écrivain(e)s sont l'objet de nouvelles. Tour à tour héros d'icelles ou bien simple référence voire le sujet sans être vraiment présents, ils sont tous objets de fiction. Tous les textes ne m'ont pas touché mais certains sont bons. Ceux sur Charles d'Orléans (1394-1465) et sur la très oubliée Antoinette de Lafon de Boiguérin Deshoulières (1634-1694), le texte le plus drôle, notamment par son abus - voulu et revendiqué - de l'écriture inclusive amenant des outrances qui font sourire. Manon Roland (1754-1793) également a droit à de belles lignes ainsi que Heinrich von Kleist (1777-1811), Gérard de Nerval (1808-1855) et Marguerite Duras (1914-1996).

Les autres m'ont paru plus faibles ou moins dans mes centres d'intérêt : Stéphane Mallarmé, Arthur Conan Doyle, Marcel Proust, Louis Pergaud ou Françoise Dolto, tandis que deux autres sont entre les deux : Fiodor Dostoïevsky et Sidonie Gabrielle, dite Colette.

L'ensemble donne un livre assez inégal néanmoins intéressant par la manière de traiter les sujets, l'autrice changeant de style à chaque écrivain(e). Elle ne s'essaie pas au pastiche, mais colle à l'époque, aux mœurs et aux écrivains dont elle parle et à leurs personnages fictifs. Dans les dernières pages, elle donne une très courte biographie des écrivains en question, son aura à l'époque et maintenant et quelques conseils pour parler d'eux sans les avoir lus. Ce sont les passages les plus drôles du livre.

En résumé, un recueil de nouvelles au thème assez original qui ne décolle jamais vraiment et peut donc décevoir, qui, cependant, garde une certaine originalité pour ne pas dire une originalité certaine qui donnera envie de l'ouvrir et pourquoi pas permettra une jolie découverte.