Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Quezel-Perron

Envolume

16,90
par
23 octobre 2019

Le narrateur de ces courtes et très courtes nouvelles est un homme qui vit à Paris, seul avec son chien : "Au numéro 1 de ma rue, je vis seul. Les murs sont hauts, pour ne pas tomber." (p.17). Il flâne dans les rues de la ville, baguenaude, lève les yeux, contemple. Il rencontre aussi parfois des gens, dont Lola sa voisine du dessus dont le charme ne le laisse pas insensible et sans doute vice-versa. Il parle à son chien, qui lui répond à sa manière. Il sort au théâtre, à l'opéra, au restaurant. De toutes ces balades et sorties, il s'inspire pour écrire ses textes, puisqu'il parle à la première personne. Louise Hourcade les illustre.

Les nouvelles se suivent et se ressemblent parfois -certaines en perdent ainsi quelque intérêt et sonnent un peu creux. Puis, avançant dans sa promenade, le narrateur se fait moins insouciant, les nouvelles moins légères, l'humour moins présent plus désespéré mais le sens de la formule poétique d'Igor Quézel-Perron, de la phrase décalée qui fait sourire et qui n'a pas besoin de beaucoup pour être explicite est lui toujours à chaque page : "La poissonnerie et l'église sont fermées. Dieu et le cabillauds sont seuls désormais.[...] Mon chien commence à grimper sur les murs. Qui suis-je, pour le juger ? Il se prend pour une araignée. Le psy me dit que je ne sais pas bien lui parler. Nous avons des problèmes. La nuit, il ronfle. Je range mal mes souliers." (p. 30)

Malgré des phrases courtes, l'auteur donne un rythme lent à ses histoires, celui de la contemplation, de la flânerie. J'aime beaucoup cette écriture à la fois poétique et ramassée. Elle a un côté naïf et simple souligné par les dessins colorés de Louise Hourcade. Oh, Igor Quézel-Perron ne pose pas de question existentielle, il ne surfe pas sur les sujets d'actualité et rate ainsi la cible des lecteurs -et des critiques- qui ne jurent que par le réel et le sensationnel ; de même il est loin des lecteurs -et des critiques- pressés qui veulent avoir fini avant d'avoir commencé. Ses récits sont intemporels, lents, un brin nostalgiques, emplis d'émotions.

L'Art du féminisme, vol. 2, Les images qui ont façonné le combat pour l'égalité, 1857-2017

Les images qui ont façonné le combat pour l'égalité, 1857-2017

Hugo Image

39,95
par
23 octobre 2019

Ce très beau livre parle d'art, comme son titre l'indique. D'art du féminisme et d'art féminin c'est-à-dire fait par les femmes. Cent cinquante ans et même un peu plus puisque certaines images datent du tout début des années 1850 (une toile de Lilly Martin Spencer est datée de 1854). On y parle droit de vote obtenu après de fortes mobilisations, émancipation chèrement gagnée, reconnaissance artistique durement acquise... Ça fait beaucoup d'adverbes, mais le combat fut et est toujours rude pour l'égalité femme/homme.

C'est l'histoire de ces cent cinquante dernières années qui est revue par les tableaux, affiches, photographies, sculptures, performances faits par des femmes et/ou représentant des femmes. Certaines œuvres sont célèbres, d'autres moins, toutes racontent une partie de cette histoire. Des textes de différentes femmes accompagnent, illustrent ou expliquent les époques, les combats, les situations et les artistes. C'est un gros livre dans lequel il faut se promener soit linéairement, soit en fonction des périodes qu'on préfère.

Passionnant, plus de 350 œuvres y sont exposées, de Frida Kahlo à Nikki de Saint Phalle mais aussi Beyoncé, Yoko Ono, ... Revoir l'histoire du féminisme et du siècle et demi passé, par l'art est une idée lumineuse et le résultat est une réussite totale.

Ecoute les oiseaux
par
23 octobre 2019

"Un livre et une application. Une expérience immersive dans le monde fascinant des oiseaux. Découvre vingt oiseaux de ton quotidien, anime-les pour les faire chanter, déploie la frise et entraîne-toi à les reconnaître." (4ème de couverture)

Voilà, tout est dit : le livre se déploie comme une frise sur laquelle sont dessinés des oiseaux (mésanges, merle, rouge-gorge, bruant, grive, verdier, pouillot véloce, troglodyte mignon...). Et au verso, chaque oiseau est décrit ainsi que son chant et son mode de vie. Ce chant que vous pourrez entendre en téléchargeant gratuitement l'application Birdie Memory et en passant votre appareil sur la photo des oiseaux.

Un beau livre pour les petits et les plus grands qui aiment regarder les oiseaux sans savoir les reconnaître, ce qui est mon cas. Chaque hiver, j'installe mangeoire et autres contenants à graines et si je sais reconnaître les plus courants -ou les plus volants en l’occurrence-, chaque année, des nouveaux me posent question. Alors, je garde ce livre pour cet hiver. Mais il se pourrait que débarque un volatile non répertorié dedans...

Boutinova Veronika

Heure En Ete

11,00
par
23 octobre 2019

Waël et Mira, sa sœur sont des enfants de Syrie qui quittent leur pays en guerre avec leur mère. Séparés d'elle, ils se retrouvent seuls pendant le long voyage jusqu'en Europe. Ils arrivent à Calais, dans le bidonville.

Court et très joli livre de cette maison d'édition que je ne connaissais pas, Une heure en été. Veronika Boutinova est l'auteure du texte, très beau, poétique. C'est un poème-documentaire tiré de la vie d'un jeune garçon qu'elle a rencontré à Calais, dans le bidonville, lieu qu'elle fréquente régulièrement à la rencontre de ces gens qui franchissent des frontières et des obstacles incroyables pour fuir leur pays.

"Après l'horreur, après la guerre,

l'Europe enfin et la douce paix sous nos pieds !

Là, sous nos yeux émerveillés,

nos regards épuisés, tant de sols variés :

sable, herbe, boue, bitume, goudron, graviers

et tant de pays traversés !

Nous étions isolés sur la si vaste terre..."

Emma Guareschi illustre de manière très originale, colorée, mélangeant des aspects réalistes à d'autres plus oniriques, collant ainsi parfaitement à la poésie du texte voire la renforçant ainsi qu'au côté documentaire.

L'ensemble donne un livre dur et beau et optimiste, qui s'adresse aux enfants et qui permettra aux parents d'aborder aisément la question des enfants qui fuient les horreurs de leurs pays et se retrouvent hébergés souvent de façon indécente.

La trahison des Jacobins (T.5)
par
23 octobre 2019

Cinquième enquête menée par Victor et ses amis, car il faut bien citer ici les personnages importants pour lui comme l'archiviste Duperrier, l'écrivaine -et bien plus que cela- Olympe de Gouges et un nouveau venu Restif de la Bretonne, fin connaisseur des bas-fonds parisiens de l'époque, sans oublier le docteur Mariette. Et évidemment le petit Joseph, omniprésent parce qu'on le recherche partout. Je l'aime bien Victor, même si parfois il m'agace à s'emporter trop vite quitte à s'en mordre les doigts plus tard. Son impétuosité lui vaut quelques mésaventures, heureusement qu'il est cette fois-ci secondé par un policer flegmatique, d'humeur calme et égale, le dénommé Lacour qui le sauve de bien des tracas.

Les deux premières parties de cette aventure, bien qu'instructives m'ont paru un peu longues, rien de rédhibitoire cependant car on y apprend plein de choses sur l'Hôpital Bicêtre qui recueillait tout ce que Paris avait de malheureux, malades psychiatriques et autres, enfants des rues. Tous ces gens étaient maltraités, souffraient de la faim, de la vermine, des traitements inhumains des autorités de l'hôpital. Les enfants particulièrement qui pouvaient être la proie de pédophiles ; il arrivait même qu'ils soient vendus à des réseaux de prostitution. Bref, du sordide. Tout cela ayant existé, JC Portes est documenté.

Puis arrivent les trois dernières parties et le rythme s'accélère, Victor reprend un peu le dessus et s'active enfin. On est quelques jours avant le 10 août 1792 et ce qui a été appelé la seconde révolution, celle qui marque la vraie fin de la monarchie. Les événements s'enchaînent et Victor tente de surnager dans cette période terrible et troublée. Il prend des coups tant physiques que psychiques, il se pose beaucoup de questions, hésite, tergiverse puis se lance.

La série de JC Portes est convaincante, instructive et passionnante malgré mes quelques réserves du départ. Le contexte est fort bien décrit et extrêmement documenté -la bibliographie finale est impressionnante-, trouble et violent à souhait. Les personnages sont bien dans leur époque, jamais simplement bons ou mauvais, ils ont leurs travers et leurs qualités -même si pour certains il faut les chercher profondément. Les aventures sont haletantes. Tout cela pour une série que je conseille très fortement. Si vous avez le courage ou l'envie, commencez par le premier tome, vous aurez la joie de mieux connaître Victor et de le voir évoluer.