Les francs-maçons
EAN13
9782035845825
ISBN
978-2-03-584582-5
Éditeur
Larousse
Date de publication
Collection
Mystères
Nombre de pages
255
Dimensions
1 x 1 x 0 cm
Poids
320 g
Langue
français
Code dewey
366.1
Fiches UNIMARC
S'identifier

Offres

Couverture

page 1

page 2

PREMIÈRE PARTIE

UNE HISTOIRE

TUMULTUEUSE

Chapitre I

« Dieu est le premier
franc-maçon »

Certains font remonter la franc-maçonnerie aux confréries de corps de métier du Moyen Âge, le compagnonnage. D'autres y voient des références à l'ordre des Templiers et celui des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ou bien encore l'associent à la société initiatique et mystique que furent les Rose-Croix, répandue principalement en Allemagne au XVIIIe siècle. En 1837, dans son livre,l'Univers maçonnique, le frère Moreau affirme dès la première page que « suivant plus d'une centaine d'historiens, la tradition maçonnique remonte à Dieu lui-même, et part de l'époque du chaos. Dieu créa la lumière ; conséquence, Dieu est le premier franc-maçon. » Idée dont le sens symbolique est expliqué, en 1893, par Oswald Wirth dans sonLivre de l'apprenti : « Ces traditions naïves tiennent du mythe et cachent le plus souvent un sens allégorique. D'après une de ces légendes, Adam aurait été reçu maçon selon tous les rites à l'Orient du Paradis par le Père Éternel. C'est une manière de dire que la franc-maçonnerie a toujours existé, sinon en acte, du moins en puissance de devenir, vu qu'elle répond à un besoin primordial de l'esprit humain. »

Une origine anglaise

Le plus vraisemblable est que ce réseau de sociabilité reprend certains traits des confréries médiévales, les guildes, dont celles des maçons existent sur les chantiers de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne. Et si le terme de « franc-maçon » est attesté, sous sa forme anglaise defreemasondès 1376, il n'a rien à voir avec le vocable utilisé de nos jours. Qui sont les ouvriers ainsi nommés ? Là encore deux théories s'affrontent. Pour les uns, il faut comprendre l'appellation dans le sens d'ouvriers bénéficiant du privilège des franchises accordées par les seigneurs ou l'Église, donc des maçons libres (freeen anglais). D'autres considèrent que ce titre était attribué aux maçons tailleurs de la pierre tendre (freestone) sur les chantiers des cathédrales par opposition aux tailleurs de la pierre dure. Ces maçons, par leur travail méticuleux, utilisant la connaissance parfaite de la géométrie, devant supporter des édifices gigantesques, se voyaient attribuer quelques privilèges.

En quoi ces francs-maçons ont-ils influencé la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle ? Certaines de leurs habitudes et pratiques semblent tout droit sorties du Moyen Âge. Les maçons se réunissaient dans des loges situées à proximité du chantier – nom repris ensuite pour désigner la structure de base de la franc-maçonnerie. La connaissance de la taille de pierre était transmise rituellement par étapes et dans le plus grand secret – notion du secret toujours d'actualité, tandis que la transmission du savoir s'effectue encore par étapes portant les mêmes noms. Celui qui arrive est l'apprenti qui, par un labeur incessant et un travail bien accompli, peut prétendre à devenir compagnon. Le maître n'est que le chef de chantier et non un grade supplémentaire de la connaissance. Il faut attendre 1725 pour que le grade de compagnon soit scindé en deux donnant ainsi naissance à celui de maître. Un membre de la confrérie qui enfreignait le règlement et surtout trahissait le secret de la connaissance était aussitôt exclu de sa guilde comme le serait aujourd'hui un frère qui dévoilerait les secrets de l'initiation. Parmi les saints invoqués par ces maçons figuraient les deux saints Jean, annonciateurs de la Lumière, dont le nom sera au XVIIIe siècle souvent associé à celui de la loge nouvellement créée. Tandis que le solstice de la saint Jean demeure toujours l'une des plus importantes fêtes maçonniques. De nos jours, dans les obédiences déistes, le franc-maçon chrétien prête serment sur la Bible ouverte à l'Évangile de saint Jean.

La lente transition d'une maçonnerie opérative en une maçonnerie spéculative apparaît au XVIIe siècle en Angleterre et en Écosse. Les nouveaux chantiers importants sont désormais à buts profanes, palais et châteaux succèdent aux cathédrales. Le travail qui s'y opère ne se prêtant donc plus à la transposition spirituelle, les authentiques maçons ouvrent leurs loges à des personnes étrangères au métier. Ces hommes, dits maçons « acceptés », vont à la rencontre des maçons dans un souci d'émancipation intellectuelle. Ces nouveaux maçons se disent libres non pas pour s'être affranchis d'un octroi à payer à un seigneur, mais parce qu'ils s'affranchissent intellectuellement, par le débat d'idées, du dogme religieux et du pouvoir royal écrasant. Les loges sont alors fréquentées autant par des ecclésiastiques anglicans, dont la récente rupture avec le pape avait pu donner naissance chez certains à l'exercice du libre arbitre, que par des membres influents de la noblesse devenus mécènes de ces tailleurs de pierre en voie de disparition.

Une naissance sur fond de guerre civile

Mais le développement de cette nouvelle maçonnerie n'aurait certainement pas eu le même impact si la Grande-Bretagne ne s'était pas trouvée en pleine guerre civile et religieuse, entre 1640 et 1650, qui a entraîné l'exécution du roi catholique Charles Ier Stuart. Les partisans de son fils Charles II, contraint à l'exil, appelés les Jacobites, s'appuient sur cette maçonnerie naissante pour se réunir en toute légalité dans la plus grande discrétion des loges afin de travailler au retour des Stuart sur le trône d'Angleterre. Dès son apparition, la maçonnerie est donc associée au monde de la politique. La restauration de Charles II, en 1660, est alors suivie d'une croissance rapide de la franc-maçonnerie. Savants, hommes de lois, ecclésiastiques et aristocrates y adhèrent massivement. La « glorieuse révolution » de 1688-1689, à l'issue de laquelle Jacques II Stuart est détrôné par son neveu et gendre Guillaume d'Orange, divise encore une fois les maçons anglais, puisque de nouveau les loges prouvent leur attachement aux Stuart en suivant leur roi dans son exil français, à Saint-Germain-en-Laye. Cet exil est ainsi à l'origine de l'arrivée de la franc-maçonnerie en France.

Cela n'empêche cependant pas la maçonnerie anglaise de s'installer durablement sur son territoire. Ainsi, en 1703, la Loge londonienne Saint-Paul peut donc annoncer fièrement que « les privilèges de la maçonnerie ne seront plus désormais le partage exclusif des maçons constructeurs ; mais, comme cela se pratique déjà, des hommes de différentes professions seront appelés à en jouir, pourvu qu'ils soient régulièrement approuvés et initiés dans l'Ordre ». Pour ces nouveaux maçons en quête de spiritualité nouvelle, rien n'est laissé de côté qui pourrait participer de l'amélioration de l'homme sur terre. Les loges font appel à l'ésotérisme sous toutes ses formes, à l'occultisme, à l'alchimie et à l'hermétisme. Interférences qui vont jouer un rôle essentiel dans cette mutation, où les outils des maçons ne servent plus guère. Mais au lieu de les jeter, les nouveaux maçons les conservent pour en faire leurs symboles. C'est la raison pour laquelle tant d'outils utilisés par les anciens bâtisseurs des cathédrales ornent les temples maçonniques. Il s'agit bien du passage d'une maçonnerie opérative à une maçonnerie dite « spéculative », au sens étymologique du mot. En latinspeculumsignifie « miroir ». Cette maçonnerie spéculative prône donc un retour sur soi, la célèbre phrase de Socrate y prenant alors tout son sens : « Connais-toi toi-même ».

N'ayant évidemment pas de locaux pour se réunir, c'est dans des arrière-salles de tavernes que ces maçons spéculatifs se réunissent. Les réunions sont suivies de copieux et joyeux banquets, traditions conservées pour les tenues du soir suivies d'agapes. Si bien que lorsque les quatre loges londoniennes décident de s'unir en ce jour symbolique de la saint Jean, le 24 juin 1717, pour former la Grande Loge de Londres, leurs noms pittoresques empruntés à ceux des tavernes d'accueil font davantage sourire qu'inquiéter : « l'Oie et le Grill », « la Couronne », « le Pommier », « le Gobelet et les Raisins ». Il n'empêche que la Grande Loge de Londres est bien la première obédience maçonnique qui a été créée. Cette initia...
S'identifier pour envoyer des commentaires.